Dimanche 31 mai 2009
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Il y a une sirène qui sonne dans la rue. Elle martèle un rythme strident, un son régulier.
Elle signale que l'incendie gagne peu à peu du terrain. La vieille chapelle, celle qui sonne des heures déjà séculaires, va bientôt brûler. Tant mieux, me direz-vous, ça fera de la place pour les
vivants.
L'incendie est lave. L'incendie est crachats. L'incendie est dans le hurlement de ceux qui utilisent leurs voix pour redevenir ours. Et encore.
Imaginez... Je ne peux pas vous dire de fermer les yeux, vous me perdriez. Cependant, pour une fois, tentez de voir au delà de la plume maladroite, qui a perdu l'habitude de la légèreté. La plume
trop chargée de ciment et de plâtre pour tenter de voler, même par vent fort. Même par tempête vous dis-je.
Imaginez donc ma vieille chapelle, épuisée sous un soleil de plomb, dans une montagne aride. Imaginez ses portes, marquées des ongles de ceux ayant lutté contre l'hiver en son sein. Imaginez ses
pierres, portant chacune mille âmes.
Imaginez le vieux chemin, harassé, marqué des pas, de la végétation ayant repoussé. Imaginez le travail qui s'opère dans chaque fibre du bois des poutres pour maintenir ce vieil édifice, raillé
plus que jamais, dans un semblant de dignité.
Imaginez le vent, glacial, de l'hiver, qui infiltre les lances du froid dans la roche, triturant les chairs pour mieux les meurtrir, écartant les tissus, faisant saigner de la poussière et de
l'eau.
Imaginez le soleil, violent, puissant, écrasant la vieille bâtisse. Donnez, pour une fois, un peu de votre âme à ces vieilleries, pour penser ne serait-ce qu'une fraction de seconde en regardant
vers un horizon dépassant la cime des arbres au premier plan de votre photographie mentale. Ce soleil, il ne chauffe plus, il ne brûle même plus. Il écrase, de tout son poids, et tasse la vieille
cloche.
Pensez, en une seconde, aux éternités vécues par ces quelques mètres, perchés sur un granit millénaire, endormi dans une lourde torpeur.
Maintenant, vous pouvez à nouveau regarder. Le temps de votre réflexion, l'incendie a gagné du terrain. La pierre a la peste, le bois la lèpre. Tout tombe en mous lambeaux de chair. La chaire,
d'ailleurs, n'est plus que poussière.
Voyez : le temps de votre réflexion, vous avez mis votre âme dans un passé perdu.
Vous comprenez, maintenant ?