Jeudi 26 mars 2009 4 26 /03 /Mars /2009 21:25

A la Lune qui veille, je crache vos songes. Aux astres qui hurlent, je froisse votre paix ; coutelas tendre, âme tournoyant dans un ciel débordant du trop-plein de lumières.

           

Il faudra que les siècles coulent, lentement ; si la paix n'existe pas, nous la créerons. Si la joie ne se vit pas, nous la fabriquerons, pierre après pierre. Si l'amitié n'est que l'illusion d'une individualité masquant ses nécessités derrière de faux sentiments, nous ne serons plus humains, mais bêtes de vie, êtres de sens, affects, brouillards, tourbillons, envols et piqués dans un ciel encore vide, vierge, vouant nos vagabondages à être une tendre fuite sans fin. Si l'amour n'existe pas, nous aurons l'honneur, peut-être la seule gloire possible, de l'inventer, chaque jour, au détour de mille existences.

            Nous rêverons aux chemins qui se croisent, aux villages qui se découvrent, cachés derrière un bois, une butte couverte d'un doux duvet vert ; dans ces hameaux, rien de spectaculaire, pas d'agitation, d'idées violentes, de combats sanguinaires, de luttes pour le maintien d'une des formes prises par un Homme qui pourtant évolue, piètre boulet attaché à quelque révolution astrale. A la terrasse d'un vieux café, nous perdrons notre temps, cette irréalité par laquelle on mercantilise la vie. Nous discuterons avec de vieux bergers, d'anciens révolutionnaires, quelques poètes errants, peut-être aussi certains de ces repentis de l'existence sociale. Nous ne ferons rien de productif, car nous n'aurons pas de société à faire avancer. La machine qui gouverne l'inventeur, le Big Brother qui nous surveille, le regard inquisiteur vissé de l'autre côté de l'écran, tout cela sera la plaisanterie dont on rie, l'absurdité d'un vaudeville ; la croix de fer deviendra jouet, celle en bois reliquat des prisons de la pensée, de l'âme, de l'esprit.

            Enfin, par la force de nos espoirs, la portée de nos imaginations, la puissance de l'unité, nous aurons bâti une cité libre, belle dans sa simplicité, se contentant de sa simple pauvreté, se plaisant à profiter du fruit offert, sans chercher à enchaîner l'arbre. Cet arbre se nourrira au contraire de nos chairs, reposant sous les pavés de notre création, de notre orgueil, peut-être le seul que l'on pourra se permettre.

 

La Lune veille sur les êtres diurnes, le soleil nourrit les préférés du monde nocturne ; la pierre se fond dans le végétal, et le cycle que tout le monde connaît et méprise  se déroule tranquillement, malheureusement insouciant face aux tracasseries de la seule action contre nature que puisse faire l'être humain : prétendre à une gouvernance mondiale, une suprématie de l'économie, une esthétique de l'effort gratuit, de l'abnégation de l'individualité pensante au profit de l'individualité compétitive.

Publié dans : Tout ceci est bien compliqué, mon cher.
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