La sombre attente dans un regard ambré, les espoirs déçus qui, tels des coutelas, se plantent un peu chaque jour dans une chair tendre, tout cela constitue un quotidien. Qu’il est difficile, toutes les secondes qui s’écoulent goutte à goutte, d’avancer dans ce goudron puant, cette masse putride, dans l’espoir d’un moment de repos, d’une branche sur laquelle s’appuyer, un refuge doux et protecteur contre la tempête intérieure qui arrache les arbres sereins. Pleure les gardiens de ta paix, ravagés par la lente électricité d’un instant. Cherche, si tu le veux, mais n’espère pas, dans ce désert minéral, trouver la parade à ce brasier qui te consume. Indolente et morne est la grisaille de la Triste Journée, passée à attendre ce qui jamais ne […]
Ici, dans l’ambiance lourde et douce de cette alcôve, je me sens bien ; le pourpre m’entoure de sa caressante vigueur. Chambre close, aux odeurs d’encens rares, à la lumière tamisée, se fait œuf, nid clos d’une enivrante sensation. Ici, le monde abdique. L’agressivité tangible du quotidien s’éclipse, laisse les lentes vagues d’une sereine satisfaction se risquer à effleurer mes mains, puis se retirent, discrètes et bienveillantes. Le frémissement de l’air se fait faible, protégeant cet instant. Ici, nous pouvons enfin regarder doucement notre fragilité sans en rougir, sans craindre une pointe de cristal se plantant dans la tendre chair d’un fruit toujours fragile. Ici, je m’abandonne sans crainte, conscient de ma vulnérabilité, sans me […]
Just a perfect day, drink sangria in the park… Nous nous baignons dans les épais méandres d’une indolente journée, assis dans un square, les pieds se noyant sous une mer de feuilles incendiant le sol de leurs éclats sanguins. L’ambiance automnale entoure le temps qui passe d’un sarcophage de feutre, noie les bruits, nous rappelle les plaisirs surannés auxquels nous nous livrions encore la veille, l’avant-veille, quelques siècles avant. Le simple réconfort qu’est l’honnêteté de ne pas se prétendre encore blasés de tout, usés avant d’être exsangues, mène un silencieux duel, un combat sans merci, avec l’ironie d’une telle illusion, île de douce mélancolie, de splendide langueur, déjà noyée sous la poussière pâle et sèche du lendemain. …Oh, […]
… qui s’accrochent, écharpes de brume grise et terne, à mes bras, glaçant l’os, brûlant la chair, ralentissant mon pas dans les marais. La beauté austère des paysages, le soleil écrasant les arbres, s’appuyant sur eux pour s’aider dans son ascension, tout semble m’inciter à marcher, continuer, dépasser les marais et rejoindre la douce torpeur des fraîches heures de l’aube dans la forêt. Pourtant, je m’attarde, regarde la mousse gangrener les arbres pourrissant dans la vase, la vie trépidante et visqueuse que mes pas révèlent et réveillent ; et je tourne, reste, hésite, pense au milieu de l’étendue saumâtre, une écharpe grise, lourde et humide, glaciale et brûlante, me maintenant chaque bras prisonnier de son étreinte sadique.
Et la fumée bleue tourbillonne doucement dans l’obscur de la boîte vide qui me sert de mémoire. Dans l’âtre de mes pensées, une douceâtre chaleur, écoeurante de mollesse, fait tomber un plâtre mou sur les braises, les étouffant, cimentant des idées embryonnaires, des ombres. Des réminiscences d’ombres. L’une se tient droite. Tourne autour de moi. Elle cherche à m’étouffer de la rapidité de son mouvement, se faisant langoureuse couleuvre autour de mon cou. Elle m’oppresse, et je sens la pression monter dans mes poumons, j’expire de l’air vicié et perçois à la commissure de mes lèvres ce liquide amer que l’on échange dans un douloureux baiser déjà mort. Cet ectoplasme se tient à coté de l’autre, celui que tout le monde devine, que tout […]